Le chef de la diplomatie algérienne a répondu samedi à son homologue marocain qui a jugé "minable" l'attitude d'Alger sur le dossier du Sahara occidental. En cause, la désignation d'un envoyé spécial de l'Union africaine.
La joute verbale se poursuit entre Rabat et Alger. Après les
propos du ministre marocain des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar
jugeant l'attitude "minable" d'Alger sur le dossier du Sahara
occidental, l’Algérie a dénoncé une dérive du royaume
chérifien. Rabat accuse les autorités algériennes d’être derrière la
désignation de l'ancien président mozambicain Joaquim Chissano comme
envoyé spécial de l'Union africaine (UA) pour le Sahara occidental.
"Ces déclarations outrancièrement insultantes constituent une
dérive et dénotent une frilosité qui ne siéent pas aux relations entre
nos deux pays frères et voisins, a déclaré samedi 12 juillet à l'agence
APS le porte-parole du ministère des Affaires étrangères algérien, Abdelaziz Benali Cherif. Les
propos irresponsables contre l'Algérie de hauts dirigeants
gouvernementaux marocains renouent avec une pratique bien connue de
fuite en avant que la partie marocaine remet au goût du jour à chaque
fois que le processus du parachèvement de la décolonisation du Sahara
occidental enregistre une avancée."
Le président de la Commission nationale
consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme
(CNCPPDH), Me Farouk Ksentini, a également fustigé un "langage de rue",
dans les colonnes du journal algérien "Le Temps".
"Ces déclarations s'inscrivent en droite ligne de la politique
offensive adoptée par le Maroc à chaque fois que le Front Polisario
réalise un exploit ou franchit un pas en avant", a souligné Me Ksentini
en ajoutant que cette attitude allait jusqu'au "chantage, à l'invective et aux injures, voire à l'outrage à emblème national".
"Les méthodes utilisées sont vraiment minables"
Le 1er juillet, lors de l’annonce de la désignation d’un
envoyé spécial de l’Union africaine pour le Sahara occidental, le chef
de la diplomatie marocaine a accusé l’Algérie d’utiliser "tous les moyens financiers et logistiques pour contrecarrer les efforts du Maroc visant à trouver une solution. Les méthodes utilisées sont vraiment minables", a-t-il déclaré ajoutant que le Maroc n'était pas en conflit avec le Polisario, mais avec l'Algérie.
Selon la presse marocaine, citée par RFI, Joaquim Chissano est jugé trop proche de l’Algérie. "Il a été l’homme clé du Frelimo, qui a lutté pour l'indépendance du Mozambique, sur le modèle du FLN algérien", peut-on ainsi lire
Le Maroc s'est retiré de l'UA (alors OUA) en 1984 pour
protester contre la reconnaissance par l'instance panafricaine de la
République arabe sahraouie démocratique (RASD). "Les déboires et
déconvenues du Royaume du Maroc, qui sont la cause directe de ces excès
verbaux, tiennent de toute évidence au caractère unilatéral et infondé
de ses exigences quant au traitement de la question du Sahara
occidental", a ajouté Benali Cherif. "L'Algérie, dont la position sur la
question du Sahara occidental s'identifie au consensus international et
à la doctrine des Nations unies, ne peut que rejeter fermement [ces] accusations fallacieuses [...]
et regrette profondément un tel comportement qui heurte frontalement
les valeurs que partagent les peuples algérien et marocain frères",
a-t-il précisé.
Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental a été annexé
par le Maroc en 1975. Rabat propose désormais un plan d'autonomie sous
sa souveraineté pour ce vaste territoire de moins d'un million
d'habitants mais le Mouvement indépendantiste du Polisario, soutenu par
Alger, réclame un référendum d'autodétermination. La médiation de l'ONU
sur ce dossier est dans l'impasse.